Préface de « Tout le monde descend » de Tony Corblin par Skalpel.

Je ne me rappelle plus de la date ni du lieu où
j’ai croisé Tony pour la première fois. Je peux
juste affirmer sans trop de doutes que c’était lors
d’un de nos concerts, dans le cadre d’une soirée
militante ou de soutien à une des nombreuses
causes pour lesquelles nous avions joué. Peutêtre
était-il venu nous voir avant avec ses potes
et qu’il ne m’avait pas encore parlé ou peut-être
pas. Ce qui est sûr c’est que nous avons échangé
sur les livres, la musique, la politique et bien sûr
le rap. Il me disait qu’il en écoutait beaucoup.
Nous avons aussi parlé de notre amour pour la
bière, de notre amour pour la lutte. Mais surtout
nous avons parlé d’écriture, au sens large. Il
m’avait dit qu’il écrivait aussi. Après ça, la scène
s’est reproduite plusieurs fois, concert, bières, discussions.
Puis du temps est passé…

Avec Béton arméE et Bboykonsian nous venions
de sortir notre deuxième bouquin, celui de
Mathieu Rigouste, Le Théorème de la hoggra,
et à cette occasion nous avions fait une présentation
du livre dans une librairie. Dans la foulée
Tony m’avait envoyé un mail pour me dire qu’il
bossait sur un roman qui pourrait nous intéresser
au niveau du contenu et du format. J’avais dit
« ok cool envoie, j’lis ça dès que je peux et j’te
fais un retour ».
Je l’ai imprimé au taf et l’ai lu en quelques
jours.
J’ai adoré le style, le langage, le vécu, la sincérité,
l’ambiance, l’aspect torturé, bref, j’ai aimé son
livre. J’en ai parlé à Akye et Error, en leur disant
que ça me chauffait bien de sortir ce livre dans
notre collection Béton arméE, quand on pourrait
et s’ils validaient. Ils ont lu et m’ont fait part
de leur sentiments et critiques, qui n’allaient pas
contre l’idée de le sortir même si j’étais à ce moment-
là, peut-être, le plus enthousiaste.
Puis du temps est passé…

De temps en temps je discutais avec Tony sur
les réseaux sociaux et je voyais qu’il voyageait,
disparaissait de France ou disparaissait tout court
du monde virtuel. Je lui avais fait part de notre
accord de principe pour éditer le livre mais sans
date précise. Du coup on ne se donnait pas beaucoup
de nouvelles. Il était là, puis n’était plus
là. Entretemps j’avais envoyé un exemplaire du
manuscrit à mon pote Manu avec qui on bossait
aussi sur des projets de brochures et de bouquins
persos, pour qu’il me donne son avis, et il
avait kiffé. Ça nous avait encore plus saucé pour
l’éditer.
Puis du temps est passé…

Un soir, en rediscutant avec les potos de la collection
des prochains projets à mettre en place, je
me suis dit que là vraiment je n’avais plus du tout
de nouvelles de Tony et qu’il fallait peut-être que
je prenne contact avec lui pour voir comment il
allait, et s’il avait taffé sur une version finale de
son bouquin, comme il m’avait dit qu’il le ferait
quelques mois auparavant. Le lendemain ou le
surlendemain, sans même avoir le temps de lui
envoyer un message téléphonique ou un mail, je
vois passer des messages d’hommage à Tony et
des petits témoignages de tristesses suite à son
décès sur les réseaux sociaux. Et là j’ai compris.
Tony était mort. Comment !? La première chose
à laquelle j’ai pensé c’est « il s’est suicidé », je le
savais torturé et fragile sur un certains nombres
de points et d’aspects liés à sa vie et ses expériences,
dont ce livre retrace les faits et la mélancolie
touchante que sa personne portait sur
ses épaules. Je m’étais trompé. La maladie l’avait
emporté en 3 mois. Rapide, pour le coup même
pas le temps de descendre. Nous étions tristes et
stupéfaits.
Trop vite, le temps était passé…

En éditant ce livre, nous voulons rendre hommage
à Tony et saluer sa mémoire et ses proches.
En espérant qu’il vous touche comme il nous a
touchés.

Skalpel

TOUT LE MONDE DESCEND

La couverture et les illustrations intérieures sont signées Putsh.one.

« J’ai passé les vingt premières années de ma vie dans un petit coin de paradis.

Un département rural traversé par la Meuse.
Bassin industriel, sinistré par les reconversions de la fin des années quatre-vingt. Ville rongée par le chômage, connue pour ses défaites militaires.
Son taux de suicide proche du record national.
Son centre-ville dévasté digne de Détroit, où camés et alcooliques battent le pavé.

Mais déjà dans les années trente, Édouard Herriot, président du conseil, invectivait à chaque fois du même surnom sans équivoque le député de ma circonscription :
– Alors… Sedan ? Toujours une fatalité historique ?

Bienvenue. »

ISBN : 978-2-9559776-0-6
Paru en Mai 2017
Collection Béton arméE
Editions Peoplekonsian

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INSOUMIS

Terme à la mode ces derniers temps, et quelque peu galvaudé…

Voici un exemple d’insoumission qui nous rappele les heures les plus sombres du pays ou je suis né.

C’est une histoire digne de la pire des mémoires révolutionnaires du peuple, mais à la fois c’est une histoire héroïque pour l’être humain insoumis et en lutte contre la furie fasciste.

« Le 6 juin 2003 mourrait Arturo Dubro Diaz, l’homme le plus torturé par la dictature uruguayenne. Ils n’ont jamais pu le faire « parler ». Ils ne l’ont jamais soumis.

Ce fût l’un des hommes les plus torturé de la planète, dans la tristement célèbre prison « La Isla ».L’Uruguay, un petit pays, possède beaucoup de records. Celui que nous enterrons aujourd’hui est l’un d’eux. Unique cas de torture reconnus, dans lequel tout un bataillon d’infanterie a avoué : Il nous a vaincus.

 Prisonnier dans les geôles peuplés du bataillon « Floride » (caserne militaire célèbre pour les conditions inhumaines dans lesquels étaient enfermés et torturés les militants politiques opposés à la dictature uruguayenne, notamment les Tupamaros). Il était défiguré. Son nez à peine recousu après que des coups l’aient cassé et ouvert de part en part. Pour qu’il puisse respirer et récupérer ils l’avaient allongés avec les jambes vers le haut.

Il y avait un militaire corpulent, qui venait de la campagne, et qui chaque jour dans cette geôle moribonde lui servait du Maté et lui donnait à manger avec délicatesse  de son propre aveu il témoigna « Je n’ai jamais vu autant de monde frapper une personne, et je n’ai jamais vu un homme aussi courageux ». Cas ironique ou la culpabilité du complice des bourreaux se réserve le droit ponctuel de faire preuve d’un peu d’humanité et de compassion.

 Un jour, pour obtenir une information, ils l’ont ramené dans une salle pour le torturer, avant ils lui avaient proposé de parler, ce qui lui éviterait d’être massacré.

Arturo, au bord de la mort, leurs a fait une proposition : vous continuez à me torturer, si je perds, je balance, mais si je gagne vous me payez de votre poche et de celles des officiers, une « double grappa » (Alcool italien très populaire en Uruguay).

Quelques heures plus tard, il y eut un long silence, devant se déchet humain qui leur proposait de parier sa vie. Et de la bouche même des officiers, Arturo avait gagné cette bataille. On ne sait pas comment, un véritable miracle, du coup on ordonna aux soldats d’aller chercher le verre et à l’avenir de ne plus jamais poser la main sur lui. Plus tard, dépités, on sut qu’ils ne parièrent plus jamais avec d’autres prisonniers. Il a purgé sa longue peine, comme beaucoup, impassible et fraternel avec les autres.

La phrase qu’il a choisie pour épitaphe parle d’elle-même.

« Demain quand je mourrais

Ne me pleurez pas

Et ne me cherchez pas sous terre

Je suis un souffle de liberté »

Inspiré d’un article paru dans la presse Uruguayenne, et en partie traduit1.

A mes parents…

Semi-Mort et résurrection

Il y a cette fois où il avait 1 an et demi. La veille je m’étais disputé avec sa mère pour la énième fois. Elle était partie. Nous ne tarderions pas à nous séparer. Une bonne chose, à la lumière du présent. Je m’étais levé. Triste comme jamais. Je me préparais un café dans la petite cuisine. Je ne l’ai pas entendu arriver. Puis soudain sur le pas de la porte d’entrée, à deux mètres, j’ai entendu sa voix : « Papa ». Je ne sais pas comment vous décrire le son de ce « papa » mais il m’a transpercé l’âme. Ses petites joues étaient rouges et il se frottait les yeux. Je l’ai pris dans mes bras, l’ai serré puis j’ai pleuré. Terrassé que j’étais.

*

Le temps passe. C’est un morpion. On met des croix sur d’anciennes amitiés, et des ronds sur de nouvelles rencontres qui vous font redémarrer. On oublie, garde quelques souvenirs et entretient sa rancœur pour ne pas sombrer dans la tristesse due aux déceptions inévitables qui vous accompagnent toute la vie. Les regrets, ça vaut son pesant d’or, on est riche de conneries et de naïvetés. On fait croire que l’on s’en fout mais en vrai ça nous travaille et nous plonge dans des prises de tête qui donnent la migraine. Une bonne grosse migraine avec aura. Paralysie faciale, engourdissement des membres, douleur à la nuque, nausées, allergies à la lumière et douleur au cœur, grosse, grosse douleur au cœur. La seule place réconfortante se trouve dans l’obscurité d’une chambre. Dans la solitude. Pendant quelques heures on meurt en étant vivant. On souffre en ressentant l’angoisse de la mort et en la désirant presque, tant la douleur est insoutenable. On goûte à la fin de la vie. On entrevoit ce que l’après pourrait être. Puis on revient d’entre les morts. On redécouvre son corps. La haine, dans le meilleur des cas, reste la même. L’aigreur fait du bien. La compassion, le pardon, l’amour… pufff, rien du tout, que du seum bien vicère ouais

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PAUSE – INSTINCT DE RESISTANCE

Une pause le temps d’un retour au pays de quelques semaines. Je reprends les publications vers fin février. Pour patienter un petit texte.Vous pouvez toujours lire les anciens trucs si ça vous branche. Big up !

INSTINCT DE RESISTANCE

Affronter le réel mais s’évader du quotidien. Franchir les frontières invisibles qui nous séparent de ceux et celles qui peuvent être nos alliés. Prendre le temps de la réflexion sans jamais négliger l’action. Agir. Ne pas fuir devant ce qui, dans un premier temps, peut nous paraître abstrait. Adapter ses sens à la réalité. Modifier sa perception et la fondre dans ses émotions. Analyser la vie sans se branler intellectuellement. Ne pas sombrer dans la lecture approfondie des choses simples. Gérer son temps sans que cela ne devienne une obsession. Redoubler d’efforts. Ne rien lâcher. Ne pas gaspiller son énergie inutilement. Rester en éveil. A l’affût. Se préparer à toute éventualité. Assumer de se perdre dans l’existence. Essayer de comprendre certains concepts. En inventer d’autres. Les partager. Basculer dans l’imaginaire sans angoisser. Avoir un flow fluide. Respirer profondément. Évacuer sa rage de la façon la plus efficace possible. Ne pas se fixer trop de règles. Ne considérer aucune vérité comme immuable et aucune certitude comme valable. Se décider. Accepter la théorie. Privilégier la pratique. Visualiser la scène. Gérer sa peur. En faire un allié redoutable. Stimuler ses sens. Faire preuve d’audace. Maitriser le courage. Le redéfinir. Le réinventer. Construire à partir des riens qu’ils nous imposent. Remplir le vide. Rêver. Croire en l’utopie. Fédérer ses sentiments. Faire confiance à la spontanéité. Danser entres les pylônes qui soutiennent la pensé. Prendre conscience de sa force. S’épanouir. Jouir. Vivre maintenant. Lutter !

Skalpel

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MA CITE #6

MA CITE #6

Parfois, j’ai haï mon quartier, pas trop non plus. Quand les motos faisaient un putain de boucan et m’empêchaient de dormir alors que je devais travailler le lendemain, moi et la plupart des gens de ma rue. Quand les petits ne jouaient plus au foot mais à se battre comme les grands. Quand il y avait des embrouilles entre rues et mecs de la même cité, au lieu de faire en sorte d’être unis et solidaires dans l’adversité. Quand au fil du temps le fonctionnement égoïste et individualiste de la société se synthétisait, parfois multiplié par cent dans les rues de ma cité, alors qu’il n’ y avait que des miettes à se partager. Une vraie lutte de crevards pour des envies de crevards. En même temps on constatait que ces chiens de politiques et de bourgeois s’en mettaient plein les poches en commettant des délits graves, et ce en toute impunité.

« L’exploitation de l’énergie humaine sous toutes ses formes, elle, est bien légale et réglementée. » S.

Quand trop de mères faisaient la queue aux Restos du cœur et au Secours catholique. Quand les potes s’en foutaient de la politique et ne pensaient qu’à la thune, à Scarface ou à ce connard de Bernard Tapie qu’on faisait passer pour un héros proche des jeunes des quartiers populaires parce qu’il envoyait chier cette ordure de Jean-Marie Lepen en direct à la télé.

Comme partout, c’était parfois le règne de l’individualisme et du chacun pour soi, qui m’écrasait et me donnait mal à la tête. Mais cela contrastait avec une fraternité de tous les instants, qui s’exprimait souvent dans des moments tragiques. Être dans le besoin exacerbait à la fois l’égoïsme et la solidarité. Ce qui m’amène à un constat simple : après avoir passé vingt ans aux 3000, je peux affirmer que la majorité des habitants de ma cité sont solidaires entre eux. L’entraide est le facteur principal qui permet de survivre dans les quartiers populaires. Sans entraide et aide mutuelle entre les habitants, la situation serait pire.

J’ai ressenti de la colère et de l’injustice quand j’étais obligé de me planquer en dessous d’une voiture et que j’en ressortais complètement crade et puant le diesel. Quand j’angoissais en me disant qu’un grand frère, un putain d’enfoiré grave balaise voulait me faire la peau. Quand chaque baiser échangé avec ma copine était payé au prix très cher de mes angoisses, avec l’impression d’être amoureux au milieu d’un danger de tous les instants. Une fois l’impression d’être dans un film romantique à la Roméo et Juliette passé, ça n’était plus très passionnant, c’était dur à vivre pour un jeune banlieusard un peu fleur bleue. Affirmer sa masculinité et sa virilité était une attitude quasi obligatoire. Il fallait être fort et dur.

 « Personne ne voulait se faire insulter de sale pédé, alors que ça ne traînait qu’entre couilles toute la journée. Y a des mecs qui n’arrêtaient pas de traiter tout le monde de grosses tarlouzes, mais putain jamais tu les avais vus avec une meuf ou quoi, jamais ! » K.

J’eus honte de moi-même pendant longtemps. Quand nous sommes descendus à cinquante sur Panam pour une fête de la musique et que nous avons passé la nuit à nous battre avec des mecs d’autres quartiers, à nous faire gazer, matraquer, braquer par les videurs d’une célèbre boîte de nuit des Champs-Élysées, que nous avons mis des mains au cul à toutes les meufs qui passaient, dépouillé leurs mecs, savaté des gars à dix contre un, vomi sur la gueule d’un touriste à la con et quand je n’ai pas pu dormir pendant les trois jours suivants tellement je m’écœurais et j’avais honte de mon attitude. De cette violence gratuite, arbitraire et mal ciblée. Enfin presque, avec le temps j’admettrai que certains points puissent se discuter. Et puis personne n’est vraiment innocent ou coupable. La haine que je voue au Bobos pourrait bien se traduire par de la violence que les naïfs qualifieraient de gratuite, mais croyez-moi, elle serait tout à fait justifiée, moralement et politiquement.

J’étais saoulé quand ces heures de galère devenaient interminables, quand certains de mes potes m’ennuyaient, quand on ne rigolait plus trop car certaines embrouilles avaient pris le pas sur d’anciennes amitiés, quand la bière ne passait plus et qu’elle avait un goût amer, quand le son qui sortait de la caisse n’était plus du rap mais du R’n’B foireux diffusé par une radio de merde qui n’avait même pas pris la peine de changer son nom pour illustrer sa nouvelle grille musicale. Quand nous faisions chier les voisins avec nos cris et quand nos rêves et nos conceptions du monde, qui avaient mûri avec le temps, n’étaient plus les mêmes. Quand on ne pouvait plus passer par certains chemins car on risquait de se faire niquer par des mecs de la cité d’en face, tout ça pour des embrouilles à la con. Une fois l’histoire racontée et l’honneur de la cité sauf, il n’ y avait plus d’intérêt, c’était plutôt un handicap à nos activités beaucoup plus importantes qu’une bagarre de merde. Quand Guez et moi on s’est fait démonter par des mecs du 94 parce qu’on venait des 3000, car deux semaines auparavant des gars de la cité avait torturé un mec de leur quartier dans une cave avec un fer à repasser. La poisse…Une heure auparavant on venait de participer à une émission de radio sur Nova qui s’appelait Stop la violence ! Il valait mieux en rire que pleurer, même si ce soir là j’ai pleuré. On m’a éclaté une bouteille de Label 5 sur la gueule et Guez s’est mangé un coup de couteau dans le genou qui lui a sectionné le tendon à 50 %. J’aurais pu perdre un œil et lui aurait pu boiter le restant de sa vie. J’ai hérité d’une cicatrice entre les deux yeux (parfaite selon le médecin qui m’a recousu) et Guez n’a pas pu sortir pendant trois semaines car on l’a opéré. Il a chié sur une chaise spéciale dans son salon pendant trois semaines (désolé de balancer gros, tu te rappelle de ta tête de Jésus ?). J’étais triste quand nous n’étions plus aussi solidaires et qu’on se contentait d’un :

« Entre nous, on se nique, OK, on règle nos comptes, mais que personne ne vienne de l’extérieur pour essayer de niquer un mec de la cité. » M.

J’ai détesté cette violence banale cet après midi d’été quand je jouais avec mes potes sur le mini terrain de foot en béton de la Paul 2, qui n’existe plus maintenant, et que j’ai vu un grand traverser le terrain avec un énorme fusil à pompe en direction d’une voiture garée sur la rue Paul-Cézanne à hauteur du Béton. De la voiture est descendu un gars à qui l’on mit une balle dans le genou sans même que celui-ci ait le temps de prononcer un mot. Ensuite la fenêtre du coté passager fut cassée et ce grand prit une mallette. Il repartit en courant et le gars resta allongé sur l’herbe en train de crier et de demander de l’aide.

Je me souviens que, du haut de mes treize ans, la scène me semblait tirer d’un film de gangster américain. Le bruit du coup de feu et l’image du genou explosé sont encore gravés distinctement dans ma mémoire, de même que les personnes présentes tout autour. La jambe de travers et le sang sur l’herbe me paraissaient irréels. Je trouvais le sang trop rouge, trop fluo. J’avais l’impression que certaines scènes de film étaient plus réalistes que le spectacle qui s’offrait à mes yeux. Quelque chose sonnait faux. En fait la réalité dépassait la fiction en direct live de nos vies. Mais les flics, le blessé et la nouvelle dans la rubrique fait divers du Parisien du lendemain matin étaient bien réels. Ce qui me choqua des années après en y repensant, c’était le fait que mes petites cousines (par alliance de camaraderie parentale de l’époque) jouaient juste à côté du terrain où s’était déroulée la scène. Elles n’avaient rien raté du spectacle et pourtant elles continuaient de sauter à la corde comme si de rien n’était. Incroyable. Je les avais prises par la main et les avaient emmenées plus loin. Elles ne m’avaient posé aucune question et n’avaient fait aucune remarque. Je n’en ai jamais reparlé avec elles. Moi je n’eus ni cauchemar, ni troubles. Rien. Banal, vous dis-je.

Skalpel.

A suivre…

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