– FOLIE « El Nico » –

FOLIE

 Il y a quelques jours, sous les conseils avisés de ma compagne, j’ai vu le dernier documentaire de Raymond Depardon « 12 jours ».

Un bref synopsis : « Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie ».

 Plus qu’un dialogue, cela m’a renvoyé à une certaine absurdité de cette rencontre et à une sorte de dialogue de sourds, d’un côté un juge avec un jargon élitiste, la représentativité de la norme, l’absence de compassion qui laisse supposément place à l’objectivité et l’impartialité fantasmée de la loi et de l’autre le « malade », coupable de crime ou de ne plus être apte à vivre en liberté, avec tout ce que cela implique d’injustices, détresses, angoisses, conséquences de la souffrance au travail transformées en maladie, impossibilités de s’adapter à la normalité ou inaptitude à « vivre » et surtout de jugements posés par des équipes de médecins qui les bourrent de médicaments. Puis l’avocat du patient qui parle vite fait et qui essaye de faire ce qu’il peut malgré l’évidente impuissance qui se dégage.

« J’ai envie de mourir, j’en peux plus, j’ai trop souffert, j’ai plus envie de vivre. »

Le propos du documentaire c’est de mettre en lumière ce face à face, ensuite le spectateur ressent en fonction de sa subjectivité. La mienne m’a renvoyé au quartier où j’ai grandi, encore une fois, et à certaines personnes de mon entourage. Certains protagonistes du docu m’ont fait penser à des gars de ma cité qui ont « pété un câble » et que nous avons vu à l’ombre d’un hall de bâtiment, jour après jour, sombrer. Entre allers-retours à l’HP, et plongée dans la polytoxicomanie. Avec des réactions de l’entourage pas du tout complaisantes et totalement hors du champ de l’empathie.

Je repense à M qui était un gars OP et « solide » et qui petit à petit est devenu « fou », la dernière fois que je l’avais croisé il essayait de bicrave une chaussure trouvée dans une poubelle avec de la moumoute pour se choper un joint qui le calmait entre deux medocs. Ou à G à qui certains gars de la tèce jetaient des pièces de 10 centimes sur le trottoir pour qu’il les ramasse en faisant le chien. Mais surtout je me suis souvenu d’El Nico, qui était comme mon cousin.

Tout ça pour vous dire que j’avais écrit un truc despee sur lui il y a quelques années et que je m’en suis souvenu après avoir vu ce docu qui est venu confirmer ce que je pense depuis très longtemps et que d’autres ont aussi pensés avant moi. Ce monde rend fou…

EL NICO

Petit, El Nico, un de mes cousins par alliance de camaraderie parentale, nous racontait, à mon frère, mes autres cousins et moi-même, des histoires incroyables. On se posait dans l’appartement qui faisait office de mini « centre de loisirs » pour les enfants de ma petite communauté uruguayenne des 3000, et il nous tenait en haleine pendant des heures. Il n’avait qu’un an de moins que moi et une imagination débordante. C’était des histoires de science-fiction, de voyages dans le temps, de clones et de personnages doués de pouvoirs extraordinaires. J’étais fasciné, moi le grand fan d’histoires irréelles et fantastiques. Je rêvais d’être un de ces personnages. Le héros révolutionnaire d’un monde inconnu. Un Zapata mi-homme mi-robot. Un androïde prolétaire et révolutionnaire latino-américain.

Les années sont passées et nous nous sommes quelque peu perdus de vue. J’avais toujours des nouvelles de lui par ma tante Fatima, sa belle-mère. Mon cousin était un peu « spé », ce que nous nous disions entre nous, tellement diraient certains qu’il en est devenu schizophrène. Ou alors c’est qu’il l’a toujours été. Il semblerait que cela se déclenche très souvent vers les 17 ans.

Je ne l’ai pas vu depuis de nombreuses années.

Je me rends à son anniversaire. Ma tante m’a téléphoné et m’a proposé de venir avec mon fils car me dit-elle, de son plus bel accent « quand il revoit des gens d’avant, enfin d’avant qu’il soit malade, ça lui fait du bien, il est super content ». Je suis nerveux. J’ai envie de pleurer. Une fois je l’ai croisé très rapidement il y a 6 ans et il était méconnaissable. Très grand, mince, les yeux vitreux et les dents noires à cause des trois paquets de clopes qu’il fumait quotidiennement et des médicaments qui le faisait ressembler à un légume. Je me rappelle avoir pleuré en repensant à lui quelques jours plus tard. J’étais choqué.

Je sonne à l’interphone, la porte s’ouvre. Il est sur le pas de la porte. Quand il me voit il sourit. Il me prend dans ses bras. Nous nous faisons la bise. Je dois faire des efforts énormes pour ne pas pleurer. Je suis plus qu’ému, bouleversé. Nous nous posons dans le salon. Je me fais servir un bon sky’. Ouf ! Puis l’atmosphère s’apaise un peu. Il va se fumer une clope dans la cuisine, toute les 10 minutes. Ma tante me demande de l’accompagner. J’y vais. Nous nous asseyons. Nous ne parlons pas, il me fixe. Je brise le silence. Alors El Nico, ce centre ça va ? Vous vous occupez un peu là-bas ? (Je trouve ma question naze…)

– Je pleure beaucoup là-bas, mais je ne fais pas que ça me dit-il en souriant.

Je me retiens, moi, de pleurer.

– Tu sais moi je peux te guérir, tu es gentil, j’ai des pouvoirs, je voyage dans le temps.

Je joue le jeu. J’écoute et lui demande des précisions. Il se lance dans une longue description de ses pouvoirs, ses mondes et ses personnages dans lesquels il s’est réincarné. Je continue de jouer le jeu pendant longtemps en le relançant sur tel ou tel personnage, objet, machine, lieu et il a réponse à tout, tout semble cohérent pour lui. Je me rends compte que mon cousin ne se contente plus de raconter des histoires incroyables comme quand nous étions petit, désormais il les vit en tant qu’adulte. Je l’envie d’une certaine façon, mais juste pendant quelques secondes, car l’expression de ses yeux vitreux ne trompe pas, et je sais qu’il paye ses « aventures » au prix très cher de ses angoisses, et des voix qui le torturent, une vie dans laquelle il a parfois de grosses crises qui le poussent à faire des choses qui pourraient s’avérer être irréparables. Il est enfermé dans un hôpital la majorité du temps car il est considéré comme dangereux pour lui et pour les autres et n’a que quelques permissions de sortie. Il souffre et souffrira toute sa vie.

Soudain, je hais ce monde bien réel qui le terrorise et je hais notre impuissance généralisée à pouvoir guérir nos frères et sœurs d’une autre façon qu’en les enfermant et/ou en les bourrant de médicaments.

« Viste vos, que imaginación tiene el Nico no ? Puede pasar horas contado cuentos increíbles…”

Skalpel.

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Vacances

Vacances

J’ai un train pour la cambrousse à 7 h 30 du matin. J’ai récupéré mon fils il y a quelques jours. Je suis content, enfin… Vacances scolaires en décalé d’une zone à l’autre, pas grave, je me suis arrangé avec le charbon en mythonant des excuses foireuses pour justifier mon absence, fuck ! J’ai la tête dans le cul, pas trop dormi la veille, les sacs sont lourds et mon fiston traîne la patte avec ses bouclettes de Tounsi en pétard dans les couloirs du métro.

Nous arrivons à Montparnasse après avoir traversé quasiment toute la ligne 13. Dimanche matin, pas grand monde. Tant mieux ça change des jours de semaine. Quelques couples de touristes par-ci par-là. Je m’apprête à prendre un escalator à la sortie d’un des innombrables couloirs de la gare. Mon fils passe devant, je le suis. Je me retourne à l’instant précis ou un mec pose le pied lui aussi sur l’escalator quand, derrière lui, j’aperçois un type qui tient un flingue à la main droite et qui menace une femme qui s’est mise à genoux, les bras en l’air. « Lâche tout putain, lâche tout ! » crie le type. Il a le visage recouvert par une sorte de toile en laine grise qui contraste avec les masques habituels que l’on voit dans les films, genre cagoule ou bas nylon. Il porte une longue veste grise qui semble tout droit sortie d’une friperie. J’interpelle le mec qui me suit en lui demandant s’il voit ce que je vois car la scène me semble surréaliste. Le personnage paraît irréel. J’entends la femme couiner et cela me fait un peu de peine sur le moment. Le mec retire son casque de musique de ses oreilles et me demande si c’est un braquage. Je lui réponds « oui, je crois ». Il semble halluciné lui aussi. L’escalator nous porte au ralenti et la scène s’éloigne doucement. Je crie « Fils de pute ! ». Je ne sais pas pourquoi, ça sort tout seul, comme ça. Peut-être sous l’effet de la panique et de la peur. Une sorte de réflexe ou de pensée qui se matérialise en son. Mon fils se retourne enfin et comprend à mon regard et mon inquiétude soudaine qu’il se passe quelque chose de pas normal. Le mec qui tient le flingue lève la tête, je devine qu’il regarde vers le haut de l’escalator. Merde ! Je réalise brusquement que j’ai déconné. Quelle idée de jouer au justicier des temps modernes. Je sens monter la peur en moi. Surtout pour mon petit camarade plus très « sûr ». Je me retourne et crie à mon fils de courir. Avant même qu’il ne file à toute vitesse, je le prends par la veste et le balance, il atterrit sur ses petites pates en haut de l’escalator après un vol plané et commence à cavaler comme un renard des Carpates. Entre-temps il a eu le temps de voir le mec, son flingue et sa face laineuse et grise. Il court et commence à sangloter. Tandis qu’il cavale je m’arrête en haut des marches situées à côté de l’escalator et regarde une dernière fois la scène. La femme a balancé son sac par terre, le gars a chopé le truc et se barre vers un couloir à l’opposé de l’escalator tandis que je vois d’autres gens qui courent dans tous les sens. Il y a dix secondes nous étions trois et maintenant nous sommes une vingtaine de personnes à courir vers la sortie. Nous arrivons vers les portes automatiques et une fois passé cette frontière virtuelle, à la hauteur des quais des TGV et des trains de banlieue, nous nous arrêtons et je rassure mon fils.

Il a l’air surpris, inquiet et ne sait pas vraiment s’il doit pleurer ou rigoler. Il opte pour le rire nerveux. Une nana pleure dans les bras de son gars et deux autres préviennent une équipe de militaires armés de Famas qui s’empressent de se mettre au galop vers le couloir d’où nous venons. En voyant les bidasses partir en courant je souhaite tout d’un coup qu’ils ne chopent pas le gars même si je n’ai aucune sympathie particulière pour lui et que je repense à la pauvre meuf qui s’est fait braquer, mais les militaires, j’peux pas, vraiment pas ! Vigipirate… sa mère… Ce con a fait flipper mon gosse… Nous avançons vers les quais avec mon fils. Il a peur et je le prends dans mes bras. Il se calme un peu et sursaute au bruit d’un train qui fait je ne sais quoi. « C’est le coup de feu ? » me demande-t-il paniqué. Je lui réponds que non et le félicite d’avoir couru si vite en lui sortant des blagues foireuses pour dédramatiser un peu la scène. Je lui dis que le flingue était sûrement faux. Ce qui est une hypothèse probable. Il était de couleur grise mais pas métallisé et ma première impression m’a fait penser que c’était un jouet.N’étant pas expert en calibres je ne saurais l’affirmer. Dans le doute j’ai préféré penser qu’il était vrai et ne rien risquer. Le gars avait une dégaine à la Pierre Richard dans Les fugitifs, en mode François Pignon désespéré. Les minutes passent, la pression redescend doucement. J’en veux encore un peu au type de faire vivre ça à mon fils. « Fais chier ! ».

Puis je relativise en me plongeant dans mes souvenirs tout en admettant que ce n’est pas une situation normale à faire vivre à son fils de 9 piges. Même si on souhaite l’endurcir et le préparer aux difficultés de la vie. Je psychote en pensant à d’éventuels rendez-vous chez le psy pour soigner le traumatisme et me convainc de ne rien faire de ce genre. La suite me donne raison. Une fois dans le train le fiston me dit de ne pas répéter qu’il a pleuré. Je me moque de lui et nous rigolons. Il veut me prouver qu’il a été courageux. Je trouve ça mignon et joue le jeu. Quelques minutes auparavant j’avais tenté maladroitement de le rassurer en disant que papa avait vu des choses pires. Ce qui est vrai. Du coup j’ai droit à une série de questions auxquelles je ne réponds pas. Je me trouve con d’avoir dit ça. Mais cela semble l’aider à relativiser. Nous discutons de la violence, des armes, de leurs fonctions et utilités. L’échange est peu conventionnel. En même temps j’exprime ce que je pense. Pour faire la révolution il faut des armes, mais surtout des cerveaux. J’ai l’impression que c’est une réplique de film que je sors. Le braqueur a peut-être plumé une nana qui bosse pour des fabricants d’armes et qui est responsable indirectement ou pas de la mort de plusieurs personnes, qui sait ? N’importe quoi… Qui est le gentil et qui est le méchant ? J’ai ma propre opinion sur le sujet même si j’admets que la scène n’est pas habituelle. Arrrrrrffff de la branlette intellectuelle, si ça avait été ma daronne ou ma femme, j’le haïrais basiquement dans un premier temps. Ce qui se dégage est brutal. Mais qu’est-ce qui tue le plus, souvent de façon subtile, aujourd’hui, si ce n’est ceux qui détiennent à coups de lois votés au nom d la »démocratie bourgeoise » le monopole de la violence légitime? Pourquoi devrais-je dire à mon fils que ce braqueur habillé de fripes sales et mal accordés est un monstre ? Au nom de quelle valeur morale devrais-je le juger ? Pourquoi serait-il pire que tous les cons qui nous gouvernent et que les flics et militaires que nous croisons à longueur de journée ? Les chiffres disent qu’on a 8 fois plus de chance de se faire caner par un flic que par un terroriste, les chiffres et les faits sont têtus. Qui a le plus de sang sur les mains?

Quelques jours plus tard, mon fils est retourné chez sa mère et a repris l’école. Et comme je m’en doutais, il s’empresse de raconter à la maîtresse devant toute la classe, ce dont il a été témoin. Je souris en l’imaginant raconter tout ça. Sa maîtresse le rassure, encore une fois, en lui disant que ce n’est pas dans sa petite ville qu’il va revivre une chose pareille. Pendant la récréation ses potes lui posent un tas de questions. Il est en joie et fier de raconter cette histoire pour la énième fois. Paris passe encore pour dangereuse, et la campagne pour calme et agréable. Mon chauvinisme parisien est ébranlé, mais mon fils est un petit héros. Du coup je souhaite vraiment que ce braqueur à l’air clownesque ne se soit pas fait prendre. J’ai moins de temps et d’énergie pour haïr, du moins d’un point de vue théorique. Le reste c’est du blabla…

Skalpel

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ÉCRIRE, ENCORE ET TOUJOURS…

Désolé Buk’, j’écris du nord et absolument pas de nulle part. Du nord de la ville, de ma périphérie urbaine, glauque et triste. Digne et fier. Ne m’en veux pas, tu m’as aidé à tenir le coup. Te rendre hommage modestement à travers ces quelques lignes chargées de mélancolie me fait du bien. Je trouve que ça pète et que ça a du style, mais ce n’est pas le plus important, j’ai une dette envers toi, inestimable. Je fantasme sur ma prétendue perdition, comme si elle avait quelque chose de commun avec celle que fut la tienne, et celle de certains de mes frères de labeur et de crasse sociale… Je repense à mon taf de merde en intérim pendant de longs mois pleins d’efforts et de peine. Une parenthèse digne d’un postier mauvais, alcoolique et grincheux. Ça reste un fantasme d’admirateur prétentieux. J’ai souvent l’impression d’être un peu perdu, et je traîne ma prétention dans un climat gris et humide. Elle est plutôt légère, ma prétention, mais je la porte comme un fardeau. Ma mère qui n’est pas croyante pour un sou, prophétisait souvent que je devrais porter ma croix, comme tout le monde. Que je sois athée et elle aussi n’y changerait rien. Jeune, je me demandais à quoi ressemblerait celle-ci. Adulte, je le découvrais à mes dépens. Je l’avais aimé, puis haï de toutes mes forces. Qu’est-ce qu’elle était lourde putain, au sens propre comme au sens figuré. Un boulet plus qu’une croix. Une gangrène. Je décidais de régler l’histoire en quelques minutes. Un coup de fil, une lettre écrite avec le sang de la haine, des insultes et un « vent » radical qui vint balayer tout ça. Plus de croix à porter. J’étais prêt à avancer dans la vie, porté par l’élan d’une nouvelle légèreté qui me laisserait maître de mes mouvements, en apparence. Elle reviendrait meurtrir mes épaules mais celles-ci seraient plus carrées et musclées qu’à l’époque de mes débuts de « martyr » sans cause.

Aujourd’hui ne subsiste que ma prétention. Légère mais suffisamment importante pour qu’elle ne reste pas dans le domaine du privé. Je la partage et la fais subir volontairement.

Quelle arrogance !

En fait, ce n’est pas tant de ma prétention qu’il s’agit, mais de « ma prétention à… », plus proche de l’idée que je me fais de mon petit poids moral avec lequel je muscle ma tête. Ma prétention c’est ce que vous êtes en train de lire, cette rencontre entre vous et moi à travers l’écriture. Les trois points à la suite de « ma prétention à… » pourraient être remplacés par « …penser que ce que j’ai à dire doit être partagé avec vous à cet instant précis ». Voilà ma seule arrogance assumée. Penser que je suis légitime et que ce que j’écris mérite d’être lu par vous, ou pas…

Je n’écris pas pour aider les gens dans quoi que ce soit. Ni pour les déprimer. Même si tout ça manque un peu de swagg. Donner de l’espoir n’est pas dans mes cordes, et si cela se produit c’est totalement involontaire de ma part. J’écris pour être lu. « Ça va pas ou quoi ? ». Il faut absolument que ces quelques lignes soient lues. J’en ai besoin, en être conscient me fait autant de bien que l’instant précis ou ces mots s’imprègnent sur des feuilles blanches, des feuilles virtuelles en vérité. J’ai imaginé des dizaines et des dizaines de fois ce que pourrait être la couverture du livre, la mise en page, l’odeur du bouquin que je tiendrais entre mes mains, et cette joie immense faite d’un mélange de crainte et de fierté en pensant aux critiques inévitables qui viendraient elles aussi. Bah ma gueule, y’a pas d’odeur du tout, c’est du papier virtuel en format PDF, ou alors une brochure imprimée en speed.

Si ce monde n’était pas aussi sombre, je crois que je n’écrirais pas autant. C’est sa noirceur et son influence sur l’existence qui m’inspirent et me donnent envie de déverser des mots qui sentent le soufre et la bière pas chère. Le tout ordonné de telle façon que cette mixture prenne un sens et qu’on puisse en goûter une petite part de l’amertume qui la compose. C’est la mélancolie qui me pousse, plus que la déprime qu’il semblerait je ne subis pas de façon violente, et dans le meilleur des mondes possibles, mon bien-être me guiderait vers des échanges humains « profonds » auxquels ma solitude d’écriteur fait écho aujourd’hui. L’instant présent est mon enfer. Ma part d’ombre joue le rôle de Satan dans l’imaginaire que je me suis construit.

Pas d’hypocrisie, lorsqu’on évolue dans une réalité par choix. Même si l’on se considère comme un résistant, on n’affronte jamais l’existence en lui faisant face. On l’a contournée, on esquive les coups qu’elle nous porte au visage et parfois on frappe. Cela porte un nom, imposer son point de vue et son unicité. Affirmer que l’on existe et que l’on n’a pas encore baissé les bras, que l’on y croit encore. La seule chose qui compte au final c’est d’être conscient de ce en quoi on veut croire.

Moi, j’écris, point barre.

Écrire après 10 heures de boulot demande un effort considérable. Le faire dans un café sympa, avec de la bonne musique en fond et une bière pas trop dégueulasse, rend la tâche moins ardue, mais cela reste tout de même une épreuve.

Je suis beaucoup plus satisfait que content, fébrile, mes nerfs ont été soumis à rude épreuve toute la journée. Je n’exagère pas. Je ne suis pas plus triste que d’habitude, mais j’ai envie de pleurer. Je me repasse le film de la journée, de mon aliénation quotidienne, et l’instant d’après celui de ma vie. Comme d’autres fois, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus vécu en une journée que dans toute ma vie. Dans ces moments-là, on a la certitude que le temps ne compte pas et qu’il n’est surtout pas un remède à quoi que ce soit. C’est compliqué à expliquer, alors essayez juste d’imaginer les mélodies tristes qui tournent depuis tout à l’heure et qui sont une source intarissable de samples et de boucles, et pensez à ce qui vous tourmente, et surtout au temps qui vous est nécessaire pour résoudre vos problèmes, un temps dont vous ne disposez pas. L’angoisse qui en découle se matérialise en une suite de mots qu’il faut apprendre à lire entre les lignes de son propre récit. Celui que rédigent vos émotions sur les parois votre cœur.

Il y a une heure, dans les transports (c’est fou ce que l’on peut lire dans le métro…), je repensais aux premières pages d’un bouquin écrit par un auteur que j’ai découvert il y a peu. Ne cherchez pas, je ne lui ferais pas de pub ici. J’aime beaucoup sa façon de raconter ses tribulations et ses mésaventures burlesques dans le monde de la précarité. Je me reconnais dans ses histoires et dans son personnage qui semble bloqué dans le vide, même s’il en subit les conséquences désastreuses. Un pied dans la merde et l’autre dans les soucis liés à son envie incontrôlable de ne pas être juste un mouton qui traverse le temps sans rien ressentir. J’aime ce qu’il écrit, mais je ne peux m’empêcher de prendre mes distances avec l’auteur quelques instants. C’est un réflexe. Une sorte de réaction défensive, d’auto-défense intellectuelle. Comme si à chaque fois je me préparais à être déçu. Il faut dire que dans la vie, avec les gens, je fonctionne un peu comme ça. Je réfléchis un peu à ce que je lis et du coup je m’éloigne du récit. Est-ce que je suis en train de me faire avoir ? Est-ce que c’est un type bien, ce mec qui écrit des histoires qui me touchent ? Je m’interroge, passe de la légèreté naïve qui accompagne la découverte, au jugement acerbe dont fait preuve le lecteur envieux de l’écrivain qu’il admirait quelques secondes auparavant. Cela dure quelques minutes. Puis je me replonge dans le récit. Cette réflexion m’inspire et me met en état d’écrire. Ce que je fais immédiatement. Mon approche est un peu méfiante et en même temps j’en tire une excitation qui me pousse et me motive pour le reste.

À chaque fois que j’ouvre un livre, je ne peux m’empêcher de regarder la date de naissance de l’auteur, ainsi que la date de parution du premier livre de ce même auteur. J’ai besoin de connaître l’âge auquel il a publié son premier roman, essai, ou recueil de nouvelles. Comme pour me rassurer, me dire qu’il n’est jamais trop tard pour écrire un livre. Je ne me focalise pas sur l’éventuel succès de cette première œuvre littéraire, ni sur l’accueil que lui a réservé le public au moment de sa sortie en librairie. Je fais une fixation sur l’âge. J’essaye de m’imaginer le moment où l’auteur a empoigné le stylo pour la première fois et les raisons pour lesquelles il l’a fait, ensuite je fantasme sur son parcours et j’arrive presque à ressentir la joie qu’il a dû éprouver quand ses écrits sont enfin devenus un livre à part entière. Tout cela n’a qu’un seul but, me dire et me prouver, en me comparant à un auteur que je ne connais pas, que je peux moi aussi écrire un putain de bouquin. D’ailleurs j’en ai déjà écrit un.

Quand l’auteur est très jeune, doué, original, j’angoisse. Mais quand il est très vieux et je m’aperçois qu’en fait il a commencé à écrire très tard dans sa vie, je jubile. Je me dis, ouf, j’ai encore du temps pour peaufiner mon récit. Mais il faut quand même que je m’active, car quoi qu’on en dise le temps est toujours compté. Surtout quand on est tributaire d’un ego qui ne veut absolument pas se contenter d’un statut d’auteur à titre posthume. Complexe est la relation que j’entretiens avec mes livres, mes écrits, le titre des bouquins que je croise en librairie ou ailleurs, et les gens qui les lisent. J’ai l’impression de tout analyser. Par exemple, dans le métro, quand quelqu’un lit un livre, je ne peux m’empêcher de lire le titre du bouquin et de mater la couverture. En fonction du style de la personne, de son regard, ses gestes, son attitude, j’essaye de comprendre pourquoi elle lit ce livre. J’en tire des conclusions hâtives et sans appel. En gros j’applique une sorte de maxime simple : « dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es », ce qui n’est pas tout à fait honnête et valable. Si la personne est jeune, c’est peut-être qu’elle est étudiante, du coup elle se retrouvera sûrement dans une situation où elle est obligée de se coltiner un pamphlet infect qui lui sert de matériel de recherche pour son master en philo branlette ou littérature analytique de mon cul sur la commode, ou je ne sais quoi. D’ailleurs souvent cette personne essayera de camoufler la couv, ou le titre du livre pour ne pas que l’on pense qu’elle s’identifie au discours gerbant du bouquin qu’elle étudie.

Il y a toujours le classique petit livre à succès qui cartonne en librairie et qui se retrouve dans des mains appartenant à des gens tous différents les uns des autres. La bourgeoise, le cadre, la ménagère, la vendeuse, l’ouvrier, le prof, etc… Dans ce cas je me dis que c’est dommage de perdre le peu de temps libre que cette vie de merde nous laisse, en le gâchant avec de mauvaises lectures abrutissantes et soporifiques. Quand je croise un livre que j’ai déjà lu entre les mains d’une personne qui n’est pas trop éloignée de moi physiquement, il m’arrive de lui parler et de lui dire que moi aussi j’ai lu ce livre. Parfois, la personne me répond gentiment et une conversation s’engage. D’autres fois elle me sourit et me regarde d’un air qui veut dire « je ne t’ai rien demandé cousin » ou « ok, oui et alors ? ». J’avoue que je suis un peu intrusif quand je fais cela, et si cette personne est une femme, elle peut légitimement penser qu’elle est encore tombée sur un connard qui lui fait un numéro de charme, en jouant le pseudo-intello qui bouquine beaucoup. Peu importe, ça vaut le coup d’essayer d’avoir une bonne conversation à propos d’un livre.

Pendant pas mal de temps, je me suis senti isolé, car mes potes ne lisaient pas beaucoup. J’étais en manque de remarques, d’avis, d’opinions sur n’importe quoi qui s’apparente à un livre ou un article. Cependant, je ne voulais pas squatter avec des gars de la fac, de bibliothèques ou de je ne sais quel milieu qui n’était pas le mien. À 18 ans, je me suis dit, je vais faire du rap. Je me suis barré de la fac au bout de 6 mois. La bourse en poche et sans aucun regret. Chaque fois que j’y mettais les pieds, je voulais partir. Mes potes et ma cité me manquaient terriblement. Je ne me sentais pas à ma place.

J’aime prendre le temps de parler d’un bon bouquin, d’un auteur sincère ou talentueux. Peu importe le genre. Je suis même chaud pour parler de BD et de SF. Je ne pense plus que les lecteurs de BD sont des gros bolos. C’est bon j’ai passé un cap. Aucun souci, on y va ! J’ai passé deux ans à lire de la SF, cela me faisait voyager et me rappelait mon passé d’amateur d’astronomie et de vies extraterrestres. Ça fait sourire, mais j’ai découvert un genre, ou l’on pouvait faire passer beaucoup de messages subversifs, et de concepts philosophiques qui donnent à réfléchir sur le rôle de chacun. Sur notre place dans l’univers et notre fonction. D’une certaine façon, ces lectures m’interrogeaient sur mon humilité et mon approche du vivant. Tout ceci étant purement subjectif. Je comprends que l’on puisse détester la SF. Le besoin d’ancrer un récit dans le réel et dans le terre à terre est parfois nécessaire. Mais c’est quand même le besoin de mettre des mots sur une imagination débordante qui m’a, entre autres choses, donné le goût de la lecture. L’envie d’écrire des chansons aussi. Aujourd’hui, je bouquine beaucoup et prétends écrire d’autres choses que du rap, sans pour autant me dire que j’appartiens à la grande famille des écrivains. Je veux être un écriteur, à vie !!! Classez-moi dans la catégorie des auteurs d’une littérature populaire, s’il vous plaît. Il nous reste à réinventer tellement d’histoires et de récits. Écrire sur l’avenir pour modifier l’instant est quelque chose de jouissif. Je savoure.

Deux heures après m’être posé dans ce bar, je finis d’écrire ces quelques lignes. Un groupe s’est installé et commence à faire ses balances. Il n’y a plus de soul qui tourne en fond, j’ai besoin de son FAT, et je n’ai plus de sous pour une autre bière. Pas grave, j’ai toujours mon carnet, mon stylo et des bouquins dans mon sac à dos. Je me lève et m’apprête à affronter le froid glacial de Paname. C’est cool, encore un jour ou j’ai tenu bon. J’ai fait l’effort d’écrire. J’ai résisté au charbon. J’écris. Encore !

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Encore et encore…

ENCORE ET ENCORE

Écrire sa rage, sa tristesse, ses angoisses, ses peurs, sa haine, son amertume. Écrire comme on vomit. Tout lâcher d’un coup sur le sol et peu importe si ça pue, si c’est dégueulasse, si ça gêne. Le temps que dure la vidange intestinale s’en foutre de tout. Transpirer, s’essuyer et pleurer, encore et encore…

Avoir le regard menaçant, refuser de l’aide, vouloir assumer tout seul.

Qu’est-ce qu’ils veulent tous là ? Pas besoin d’aide, allez-vous faire foutre !

Ne pas être choqué par cette impression de solitude extrême, car c’est un sentiment que l’on expérimente déjà au quotidien.

Se relever, tituber et lâcher une nouvelle galette.

Putain de merde !

Avoir mal au bide, s’essuyer la bouche avec la manche de sa veste, se moucher, être écœuré par l’odeur de bile qui imprègne son haleine et qui pénètre les narines.

Se relever, se sentir un peu mieux, assez pour ne pas crier et cogner sur tout ce qui bouge. Être gêné par la lumière des lampadaires, froncer les sourcils, appuyer sur sa tête avec les deux mains, avoir mal au crâne. S’en vouloir d’avoir trop bu, de ne pas avoir assez mangé. Se sentir désespéré, écrasé, avoir l’impression d’étouffer, pleurer, encore et encore…

Croiser des regards choqués, haineux et d’autres compatissants. Faire semblant de s’en foutre, de les ignorer, de ne pas être atteint par tant d’indifférence et regretter les mots gentils entendus 5 minutes auparavant lorsque les premiers spasmes du vomissement se faisaient sentir.

Ça va monsieur ?

Non… Murmure inaudible…

Grogner comme une bête, sortir les crocs, baver. S’arrêter entre deux voitures et pisser sur le trottoir. Entendre les remarques des passants derrière soi, rigoler et les envoyer se faire foutre… Encore une fois. Regarder l’heure. Minuit. Se dépêcher de marcher pour pouvoir prendre le dernier RER. Sauter les barrières, tomber, se cogner la tête. Avoir mal. Se relever et courir comme un dingue vers le quai. Monter dans le train juste avant que les portes ne se referment. S’affaler sur une banquette, regarder son reflet dans la vitre et toucher l’égratignure que l’on vient de se faire. Sentir ces yeux s’humidifier pour la énième fois de la soirée et s’endormir comme une merde. Se réveiller à quatre heures du matin au dépôt des trains. Se sentir perdu, plus seul que jamais, paniquer et pleurer, encore et encore…

Skalpel

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IMAGINE

IMAGINE

Imaginons que ce con porte une veste cintrée. Qu’il a une face de craie et des dents de lapin. Qu’il est un peu speed. Qu’il parle de façon saccadée et que son timbre de voix ressemble à celui d’un animateur télé. Qu’il sourit. Qu’il se sent en confiance. Que son air et sa façon de bouger son corps soient à la limite de la provocation mais pas suffisamment pour que tu puisses lui dire : « Eh connard tu parles mal à qui là ? ». Qu’il évolue dans une sorte d’ambiguïté comportementale énervante.

Bref, imaginons qu’il est à l’entrée de son bar. Qu’à côté de lui il y a un rebeu et un renoi qui font office de vigiles et que ce con se sente fort. Détendu. Qu’il frôle l’arrogance du dominant. Fier d’être entre deux gars pas comme lui, certes pas très intelligents, mais pas du tout comme lui, non. Qu’il se sente même un peu galvanisé par la situation, en transe, qu’il aime son boulot. Et que ces deux merdes qui ressemblent à des robots prennent un malin plaisir à jouer leur rôle de larbin en identifiant et en faisant la misère à ceux qu’ils savent être comme eux. Qu’ils jouent leur rôle de harki au service du colon à merveille. Juste pour avoir le plaisir de faire la bise à des fragiles et que des mecs avec des mèches et des coupes à la raie soient fiers de les « check » quand ils rentrent dans le bar. Surtout s’ils ont un pote qui vient de province à qui ils pourront dire : « t’as vu le grand black comment je lui ai dit bonjour, j’assure ah ouais ? ». C’est vrai, il faut bouffer, mais on peut bouffer sans faire du zèle et sans penser que l’on doit briller aux yeux de ceux qui viennent de l’autre côté de la frontière : économique, raciale, sociale et géographique. C’est compliqué mais j’me comprends.

Imaginons que ce soir il y a un groupe qui joue dans ce bar situé dans une rue de bobos parisiens. Un groupe de merde, enfin pour moi, mais formé à Barcelone, dans la ville des bobos par excellence. Espérons qu’ils ne soient pas parrainés par Manu Chao. Une sorte d’auberge espagnole, enfin catalane, en musique. En plus dans la soirée, je crois apercevoir le sosie de Romain Duris. Et là, je crois vraiment, que de battre mon cœur s’est arrêté. Au secours. Qu’est-ce que je fous là ? Ce n’est pas le problème. Laissons la possibilité à ceux qui me haïssent de s’imaginer qu’en fait je ne suis qu’un aigri qui se retrouve dans les endroits qu’il déteste par pur masochisme. Ça me va. Imaginons que la pinte est chère. Allez je fais une exception, je la chope quand même histoire de patienter en écoutant la première partie. Une connaissance. Imaginons qu’il y ait plein de meufs, pas mal, mais tellement identifiées en tant que bolos qu’en fait ça ne m’intéresse pas, même pour jouer au lover et au séducteur. C’est chaud. Soulever l’ennemi et le foutre dans mon lit ?

« T’exagères gros… », Mais pas du tout, baiser c’est politique, boire un verre aussi, tout est politique bordel !

Skalpel

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L’AMOUR ?

L’AMOUR ?

– Bah tu sais la vie c’est ça gros ?

– Quoi ça ?

– Bah ça, ce que j’te disais tout à l’heure.

– Quoi ?

– Bah, l’amour quoi, être amoureux c’est avoir peur.

– Mais non, t’es un ouf, être amoureux c’est kiffer, c’est tout.

– Ouais mais tu te contentes pas d’kiffer, tu flippes aussi, grave.

– Tu flippes de quoi ?

– De tout gros !

– De rien ouais, t’es amoureux et basta ça suffit.

– Tu connais rien, sérieux.

– Comment ça ? bien sûr que j’connais.

– Rien j’te dis.

– Mais si. En ce moment je suis amoureux moi.

– Tu t’fous de ma gueule ou quoi ?

– Pourquoi ?

– C’est une putain ta meuf, gros. Tu la payes.

– Et alors ? Je l’aime.

– Tu l’aimes rien du tout, tu la baises c’est tout, tu vides tes couilles et basta comme tous les autres gars du bloc.

– Je sais ça, mais je l’aime enfoiré, j’te jure.

– C’est pas possible, arrêtes tes conneries.

– Mais si c’est possible. Moi, je l’aime c’est tout. J’ai besoin d’elle.

– Pour tirer ton coup c’est tout, rien d’autres. C’est pas ça l’amour.

– Ah ouais ? C’est quoi ?

– Bah, c’est kiffer une meuf et être avec elle, ensemble.

– C’est ce que je fais, je la kiff et j’suis avec elle, on est ensemble, souvent.

– C’est pas pareil.

– Pourquoi ?

– C’est pas pareil j’te dis, c’est un marché, un bizz, y a un intérêt. Tu payes pour un service.

– Quand tu sors avec une meuf, tu l’invites à boire un verre non ?

– Ouais.

– Bah toi aussi tu payes pour un service gros ?

– Mais non.

– Mais si.

– L’amour c’est un truc de bolos dont on a tous besoin, en vrai…

Skalpel

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