NOUS PARTONS #NouvellesPerdantes

NOUS PARTONS !

La veille nous avons loué un camion que l’on a récupéré très tôt le matin, puis nous l’avons rempli d’un maximum de cartons et de sacs. Nous avons mis les affaires dont nous ne voulions plus sur le pas de la porte, en face du trottoir qui longe la petite route semi-piétonne, notre adresse pour encore quelques minutes, car nous savions qu’elles allaient être récupérées dans la foulée. Magie ironique de la digne pauvreté de notre future ex-ville. Rien ne se perd, tout se récupère, tout se transforme et tout ce recycle. Nous avons déposé le vieux frigo de toute petite taille, recouvert de différents autocollants de groupes politiques, clubs de foot, slogans et collectifs que nous aimons, au coin de la rue. Nous l’avons pris en photo et envoyé celle-ci sur nos pages internet respectives du fameux réseau social virtuel. Comme si nous postions une carte postale de notre ancienne existence parisienne. Puis nous avons décollés persuadés que nous étions en roues libres sur les routes surchargées de nos vies, en direction de notre futur nouveau-lieu-dit.

Un magnifique soleil de novembre nous a accompagné pendant tout le trajet jusqu’en Deux-Sèvres. Le camion n’était pas très chargé mais nos cœurs oui, d’un mélange de tristesse et d’excitation.

Nos yeux rouges de larmes trop retenues pendant des semaines défilants à toute vitesse, d’au revoir interminables et émouvants, et de promesses de retours rapides que nous savions peu-probables et réalistes.  

Nous sommes arrivés en fin d’après-midi et nous avons vidé le camion dans la foulée. Mangé un peu, bu un coup, discuté beaucoup puis nous sommes allés nous coucher dans des draps excessivement propres qui sentaient un drôle de parfum de nostalgie. L’odeur tantôt agréable, tantôt désagréable des souvenirs flotterait dans l’air chaud de notre maison un peu plus tard dans l’temps.

Le lendemain nous avions l’impression d’avoir une légère gueule de bois. Ces intarissables flots de mots échangés nous avaient enivrés sans que l’on s’en rende compte. Bizarrement je n’ai pas ronflé, comme si ce nouveau silence imposé par une nature dominante était devenu une norme indépassable. Le froid nous a ramené à notre nouvelle réalité. Faire un feu a été notre première option. Cela nous a fait penser à la très belle nouvelle de Jack London « Construire un feu ». L’impression d’être des aventuriers du dimanche nous a doucement fait sourire. Se réchauffer au pied d’une cheminée nous semblait exotique. Nous ne pouvions nous empêcher de nous regarder avec les yeux humides de l’émotivité contenue, ce sentiment de joie entremêlé de tristesse dont on supporte les effets car l’on sait que l’on n’est pas seul  pour porter le poids du changement, et que l’on tiendra quoi qu’il arrive, à deux. 

Le besoin de respirer de cet air frais qui deviendrait notre source d’oxygène quotidien c’est fait sentir. Dehors, la foule humaine et bruyante parcourant des trottoirs trop étroits s’effaçait de notre imagination à chaque pas pour laisser place à des groupes épars d’animaux silencieux bien réels. Les vaches nous regardaient de la même façon que nous regardions ce nouvel environnement. Avec une béatitude certaine.  

Sympas les nouvelles voisines.

Nos rires brisèrent l’atmosphère silencieuse.

Main dans la main nous marchions et échangions peu de mots car nous n’avions pas besoin de matérialiser avec une expression sonore ce que nos cœurs souhaitaient exprimer. 

Nous l’avions fait. 

L’isolement nous angoissait. Mais nous savions qu’il n’était qu’un concept maniable. Un trait de caractère plus qu’un état de fait. Combien d’fois nous étions nous sentis isolés alors que l’on traversait des foules immenses d’anonymes. Ils nous faillaient nous rassurer un peu, alors nous avons fait demi-tour vers la maison pour finir de ranger nos affaires dans les vieux placards vides qui sentaient la naphtaline.

Les chats se baladaient dans la chambre, tels des explorateurs. Entre les cartons à moitiés vides, les immenses cabas de chez Tati, les sacs de sport et les valises pleines. Chaque effort de curiosité étant réconforté par des caresses, des câlins et des déclarations d’amours éternels. Une harmonie certaine prenait place dans ce paradis des chats, rapidement  brisée par un coup d’feu et des aboiements de chiens involontairement complices. Une battue, samedi matin, rêve de courte durée. Soudain nous souhaitions être des lapins armés de fusils comme dans nos souvenirs d’enfance, qui règlent leurs comptes à ces pathétiques bourreaux.

Heureusement, les bruits hostiles de coups d’feux et de cris humains qui paraissaient plus bestiaux que les cris des biches traversant difficilement les haies, cessèrent rapidement. Le calme revint. Un léger vent qui caressait les feuilles des arbres, emporta toute cette nuisance sonore occasionnelle à laquelle il faudrait s’habituer un peu, loin du petit vallon. Quelques vaches meuglaient, peut-être en signe de victoire ou de libération momentanée. 

Tout était là. 

Cela nous paraissait évident. Il fallait profiter de tous ces petits moments de liberté et de calme obtenus même involontairement. Y compris quand ils étaient vécus par procuration à travers des bêtes heureuses mais apeurés quelques minutes auparavant. Un repos bien mérité nous avait-on dit, ce soir ou au cours d’un repas insignifiant, nous avions annoncés avec des sourires complices à notre petit monde surpris, nous partons !  

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