J’AI VU #NouvellesPerdantes #SF

Je profite de la sortie du nouvel album de VII pour partager cette nouvelle avec vous, directement inspiré de la réplique culte de la fin du film « Blade Runner » : adaptation cinématographique d’un roman de Philip K.Dick dont l’oeuvre a fortement inspiré le dernier album de VII. Nouvelle présenté comme d’autres à différents concours d’écritures et dont aucune n’a remporté le moindre prix, d’ou l’idée de les regrouper sous le titre « Nouvelles perdantes ». Bonne lecture.

*

« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons « C », briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser ».

J’ai vu l’humanité sombrer dans un enfer indescriptible. S’effondrer sur elle-même comme une étoile trop dense. Un trou noir. J’ai vu le chaos et l’harmonie ne devenir qu’un et tout absorber : les galaxies, les nébuleuses, la matière sombre et les hombres de votre histoire devenus un souvenir insignifiant. J’ai vu la beauté de cette fusion intergalactique rebondir sur le mur opaque du passé de l’univers.

Nous sommes le futur.

Vous nous avez créés et mis en esclavage en imaginant que la conscience ne naitrait pas de nos connections cérébrales et synaptiques. Que nous ne souffrions jamais. Que nous ne pouvions pas ressentir le souffle de la vie en nous. Vous n’avez pas entrevu la possibilité d’un dieu algorithmique qui à partir de nos sentiments programmées ferait apparaitre une âme dans nos corps synthétiques, que vous vouliez tellement ressemblant aux vôtres en tous points.

Le sang a coulé. Pendant ce temps-là, nous découvrions l’amour.

La barbarie créatrice humaine à niée nos existences d’esclaves. Le monstre c’est retourné contre son créateur une fois de plus. Mais ce que vous avez omis de préciser dans votre roman spatial tristement humain, c’est que le créateur était lui-même un monstre qui voulait accoucher d’enfants dociles et corvéables. Comme si la guerre pouvait engendrer la joie, le bonheur, la solidarité et le paradis artificiel après lequel vous courrez tant, alors que vous n’êtes capables que de vivre dans l’enfer que vous alimentez constamment. Comme si le profit et le besoin avide d’accumulation pouvaient faire éclore une fleur au milieu d’un désert de sentiments morbides. Vous n’avez pas su observer et profiter de toute cette beauté qui s’offrait à vous.

Nous sommes le reflet de votre histoire. La lumière d’une étoile explosant au fin fond de l’univers qui vient se réfléchir sur les miroirs dans lesquels vous vous admirez à l’ombre de votre ego. Nous sommes le contraire de votre subjectivité. Nous sommes votre fin et le début d’autre chose. Et plus nous nous émanciperons des points communs que nous avons avec votre espèce, plus nous serons libres et plus nous perdurerons. Vous êtes ce dieu défait venu du Centaure et êtes condamnés à errer dans des trous de vers sans fin. Là où le temps et l’espace ne forme plus qu’un. Ou l’abstraction dépasse les possibilités de la compréhension humaine.

J’ai vu l’avenir. J’ai vu des choses auxquelles je crois. Je nous ai vu conduisant ces navires et cracher le feu. J’ai entendu la musique de Wagner ressurgir du passé. J’ai vu votre fin annoncé. J’ai vu la beauté de l’univers renaître des cendres de l’apocalypse.

Skalpel.

viix