IMAGINE

IMAGINE

Imaginons que ce con porte une veste cintrée. Qu’il a une face de craie et des dents de lapin. Qu’il est un peu speed. Qu’il parle de façon saccadée et que son timbre de voix ressemble à celui d’un animateur télé. Qu’il sourit. Qu’il se sent en confiance. Que son air et sa façon de bouger son corps soient à la limite de la provocation mais pas suffisamment pour que tu puisses lui dire : « Eh connard tu parles mal à qui là ? ». Qu’il évolue dans une sorte d’ambiguïté comportementale énervante.

Bref, imaginons qu’il est à l’entrée de son bar. Qu’à côté de lui il y a un rebeu et un renoi qui font office de vigiles et que ce con se sente fort. Détendu. Qu’il frôle l’arrogance du dominant. Fier d’être entre deux gars pas comme lui, certes pas très intelligents, mais pas du tout comme lui, non. Qu’il se sente même un peu galvanisé par la situation, en transe, qu’il aime son boulot. Et que ces deux merdes qui ressemblent à des robots prennent un malin plaisir à jouer leur rôle de larbin en identifiant et en faisant la misère à ceux qu’ils savent être comme eux. Qu’ils jouent leur rôle de harki au service du colon à merveille. Juste pour avoir le plaisir de faire la bise à des fragiles et que des mecs avec des mèches et des coupes à la raie soient fiers de les « check » quand ils rentrent dans le bar. Surtout s’ils ont un pote qui vient de province à qui ils pourront dire : « t’as vu le grand black comment je lui ai dit bonjour, j’assure ah ouais ? ». C’est vrai, il faut bouffer, mais on peut bouffer sans faire du zèle et sans penser que l’on doit briller aux yeux de ceux qui viennent de l’autre côté de la frontière : économique, raciale, sociale et géographique. C’est compliqué mais j’me comprends.

Imaginons que ce soir il y a un groupe qui joue dans ce bar situé dans une rue de bobos parisiens. Un groupe de merde, enfin pour moi, mais formé à Barcelone, dans la ville des bobos par excellence. Espérons qu’ils ne soient pas parrainés par Manu Chao. Une sorte d’auberge espagnole, enfin catalane, en musique. En plus dans la soirée, je crois apercevoir le sosie de Romain Duris. Et là, je crois vraiment, que de battre mon cœur s’est arrêté. Au secours. Qu’est-ce que je fous là ? Ce n’est pas le problème. Laissons la possibilité à ceux qui me haïssent de s’imaginer qu’en fait je ne suis qu’un aigri qui se retrouve dans les endroits qu’il déteste par pur masochisme. Ça me va. Imaginons que la pinte est chère. Allez je fais une exception, je la chope quand même histoire de patienter en écoutant la première partie. Une connaissance. Imaginons qu’il y ait plein de meufs, pas mal, mais tellement identifiées en tant que bolos qu’en fait ça ne m’intéresse pas, même pour jouer au lover et au séducteur. C’est chaud. Soulever l’ennemi et le foutre dans mon lit ?

« T’exagères gros… », Mais pas du tout, baiser c’est politique, boire un verre aussi, tout est politique bordel !

Skalpel

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